Organisation en cuisine

Comment optimiser sa cuisine pour le zéro déchet

Ce billet fait partie d’une mini-série sur le zéro déchet en cuisine. Pour lire mon introduction sur le sujet, c’est par ici. Je fais aussi le point sur le B.A.-BA du zéro déchet par .

Bocaux de légumineuses en vrac

La genèse

Il y a quelques années, je pensais que l’organisation des placards de la cuisine faisait partie de ces tâches sisyphéennes, à l’instar de la lessive : un éternel recommencement. Mais ça, c’était avant.

Il y a environ un an, j’ai décidé de réorganiser complètement notre cuisine. Le processus s’intégrait dans une démarche globale de désencombrement et de cheminement vers le minimalisme. Mais le but premier était surtout de faciliter ma démarche zéro déchet.

À l’époque, le fait d’aller faire les courses me paraissait excessivement compliqué. Je ne parvenais jamais à retrouver les sacs à vrac et j’avais parfois du mal à mettre la main sur des contenants utilisables. Je ne parvenais pas non plus à visualiser facilement ce qu’il nous restait dans les placards. Bref, la démarche zéro déchet en cuisine me prenait beaucoup de temps et d’énergie.

J’avais pourtant l’intuition que ce n’était pas une fatalité. Je fantasmais (oui oui) devant la cuisine hyper minimaliste de Béa Johnson à mes heures perdues. Et puis, un petit coup d’oeil à la cuisine très organisée d’une de mes amies a achevé de me convaincre qu’il était possible d’optimiser tout cela. Il était donc temps de se retrousser les manches.

Le verdict un an plus tard : cette nouvelle organisation de la cuisine a indiscutablement atteint son but premier. Mais elle s’est aussi avérée avoir des avantages collatéraux non négligeables.

  • On obtient un espace plus zen et aéré. Non seulement on récupère de la place, mais il y a également moins de pollution visuelle. Finis aussi les placards en désordre et les tiroirs qui débordent.
  • Du coup, on gagne du temps en cuisine. Désormais, chaque ustensile et chaque ingrédient a sa place et on peut mettre la main dessus très facilement. Une cuisine rangée me motive personnellement beaucoup plus à y passer du temps.
  • On ne jette quasiment plus de denrées alimentaires du placard. On ne conserve que ce qu’on utilise et tout est à portée de vue.
  • Et surtout, un an après, les placards restent en ordre. Il n’y a plus besoin de faire le tri saisonnier qu’on devait faire auparavant. Le nettoyage des placards est donc beaucoup plus rapide.

Je vous partage dans ce billet ma manière de procéder. Si votre cuisine vous semble perpétuellement en désordre et si ça en devient une source de frustration, libre à vous de vous en inspirer et de l’adapter à vos besoins !

Le diagnostic

Avant de se lancer à corps perdu dans la réorganisation proprement dite, il n’est pas inutile de se poser deux minutes pour analyser la situation et identifier les dysfonctionnements.

Dans mon cas, j’avais mis le doigt sur plusieurs problèmes :

  • Il y avait beaucoup d’objets inutilisés : des doublons, des ustensiles superflus.
  • La taille des bocaux n’était pas toujours adaptée au contenu. Le même ingrédient était parfois réparti dans plusieurs bocaux, ou une partie restait dans le sac à vrac. Tout cela prenait de la place inutilement.
  • Il y avait pas mal d’ingrédients et d’ustensiles SPF (sans place fixe).
  • Il manquait un espace réservé aux accessoires zéro déchet.

J’ai donc défini un plan d’action en trois étapes : 1. un désencombrement de tous les placards ; 2. une organisation raisonnée du placard à nourriture ; 3. la mise en place d’un espace pour les accessoires zéro déchet.

Phase 1 : le désencombrement

C’est la base de la base. Il ne sert à rien de ranger le désordre, il faut l’éliminer (dixit n’importe quel pro en home organizing). L’objectif du désencombrement, c’est donc de récupérer de la place dans ses armoires en ne gardant que ce qui est réellement utile. Dans cette première phase, on se concentre sur les armoires et tiroirs à ustensiles.

Organisation de la cuisine

Le tri des ustensiles

Exit en premier lieu les ustensiles en double ou qui font double emploi. Je me suis notamment séparée d’un presse-agrume électrique car on trouvait plus simple d’utiliser un presse-agrume manuel pour presser un demi-citron. Idem pour un cuit-vapeur particulièrement encombrant et difficile à laver : je peux utiliser le panier vapeur de mon cuiseur à riz ou encore celui de ma cocotte minute.

Ensuite on passe en revue tout le contenu des placards et des tiroirs en évaluant honnêtement l’utilité de chaque objet et si cette utilité compense l’encombrement qu’il représente. Cette théière ébréchée que vous n’utilisez plus, mais qui vous a été offerte ? Cet appareil à crêpes que vous avez sorti de la boîte une seule fois ?

Dans le cas où on aurait quelque scrupule à se débarrasser de certains objets (le sacro-saint « on ne sait jamais »), il y a la solution intermédiaire du stockage temporaire. Il s’agit de mettre de côté ces objets pendant quelque temps, afin de pouvoir éventuellement aller rechercher ce qui viendrait à manquer. Plus probable : on oubliera totalement leur existence. Si on opte pour cette solution, il vaut mieux déterminer une date d’expiration claire et nette, ou à défaut finir par garder des objets stockés ad vitam aeternam.

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Et c’est là que les Romains s’empoignèrent. Car autant je n’ai aucun problème à trier, autant trouver ensuite une destination satisfaisante à ces objets me semble extrêmement énergivore. Comme je me refuse à simplement jeter ce qui est en bon état, je tente donc de trouver à ces objets « une seconde famille » qui pourra en avoir l’utilité et à qui cela évitera d’acheter du neuf. Pour cela, je fais appel à plusieurs solutions :

  • Lorsque l’objet a encore une certaine valeur, je tente de le revendre via des sites spécialisés. J’ai beaucoup utilisé 2ememain.be par le passé, mais aujourd’hui j’en retire peu de succès. La faute à trop de publicités dans les résultats de recherche et les arnaques en tout genre. Facebook Marketplace me semble actuellement être la solution la plus rapide et la plus efficace.
  • Si je vois qu’un objet ne trouve pas d’acquéreur au bout d’un moment, je peux essayer de le troquer. L’idée est donc de l’échanger contre des biens ou des services. Il y a un groupe Facebook assez dynamique sur Liège et cela peut donner lieu à de chouettes rencontres.
  • Une troisième solution est tout simplement d’en faire don. Je donne rarement des objets à mon entourage, car ça ne me semble pas très fair-play de les encombrer à leur tour. Là encore, les groupes Facebook peuvent s’avérer utile, mais aussi les Give Box (ou « boîte à dons »). En dernier recours, je ferai appel à la Ressourcerie pour venir chercher ce qu’il reste.

La démarche peut s’avérer incroyablement chronophage. Il faut prendre l’objet en photo, le mettre en ligne, échanger avec les potentiels acquéreurs, se rendre disponible pour les rendez-vous, etc. Si j’avais manqué de temps, j’aurais pu tout laisser à la Ressourcerie directement et m’épargner cette peine. Mais d’une part, les ventes mises bout à bout peuvent rapporter une somme non négligeable. D’autre part, le fait de constater la charge mentale que représente l’accumulation d’objets me fait vraiment réfléchir à deux fois avant d’en acquérir de nouveaux. Je le vois donc comme une sorte de rite initiatique vers le minimalisme. Certes, c’est un peu perché, j’en ai conscience.

Le rangement

Après ce parcours du combattant, on peut commencer à ranger ce qu’on garde dans les placards. Je ne garde sur le plan de travail que ce qu’on utilise tous les jours. Le reste est rangé dans les armoires, selon une logique implacable : l’accessibilité de l’ustensile doit être proportionnelle à la fréquence de l’utilisation. Pas besoin d’avoir fait un doctorat ès home organizing pour savoir ça, mais sait-on jamais…

Idéalement, on devrait également organiser ses armoires par fonction. Les ustensiles de cuisson (casseroles, poêles, etc.) devraient ainsi se trouver près du poste de cuisson, ceux qui servent pour la préparation (robot mixeur, bols mélangeurs, couteaux, etc.) près du plan de travail, et la vaisselle de service à part. Mais encore faut-il avoir une cuisine parfaitement conçue et ce n’est pas mon cas. Donc on fait au mieux et on se fait des notes mentales pour le jour où on pourra concevoir une cuisine de A à Z.

Phase 2 : l’organisation du placard à nourriture

Voilà un autre chantier important, mais c’est aussi celui qui a eu le plus d’impact dans notre cuisine, à la fois visuel et pratique. On y a clairement gagné en fluidité dans la préparation des repas. Je vous déroule donc mon cheminement étape par étape.

Bocaux de légumineuses en vrac

1. Analyser le contenu du placard

Oui, oui, « analyser », vous avez bien lu. Ce n’est pas (que) une déformation professionnelle de ma part, mais le point de passage obligé pour avoir un changement durable dans l’organisation du placard à nourriture. Car si l’on se contente d’un simple tri, il y a fort à parier que le désordre reviendra petit à petit.

Il s’agit donc en premier lieu d’identifier tout ce qu’on a dans les placards et de se poser la question de savoir ce qu’on utilise réellement et régulièrement. Par exemple, a-t-on besoin d’avoir quatre sortes de pâtes différentes en même temps ? Des noix de pécan ET des noix du brésil ? Le but de cette étape est donc de simplifier au maximum le contenu de ses placards en gardant essentiellement des aliments qui seront fréquemment cuisinés.

Si on a tout de même envie d’un minimum de variété, Béa Johnson propose dans son livre Zero Waste Home un compromis très utile. Elle utilise un seul bocal par groupe d’aliments (par exemple céréales, pâtes, légumineuses) et change à chaque fois qu’elle le remplit à nouveau. C’est une méthode que j’ai adoptée pour certains types de denrées dont je n’avais pas besoin d’avoir 5 variétés simultanément. Je ne garde ainsi qu’un seul bocal pour les céréales (millet, sarrasin, petit épeautre, boulgour), un bocal pour les noix (brésil, macadamia, pécan), un bocal pour les pâtes (fusilli, penne). J’ai également limité le nombre de types de farines. Avec cette astuce, on limite l’encombrement tout en évitant de garder très longtemps des aliments que l’on utilise moins souvent.

À l’issue de cet inventaire, j’ai fait la liste de toutes les denrées que je souhaitais garder en permanence dans mon placard, en prévision de l’étape suivante.

2. Attribuer un bocal par denrée (et un seul)

J’ai fait le choix de conserver toute mon épicerie dans des bocaux, même lorsque je ne trouve pas les aliments en vrac. Ce n’est pas uniquement pour le côté esthétique, quoique je constate que cette uniformisation repose les yeux en comparaison de placards remplis de produits emballés. D’une part, les aliments sont plus visibles, donc plus faciles à trouver quand on en a besoin. On est moins susceptible de les laisser se périmer au fond du placard. D’autre part, ils sont mieux protégés des envahisseurs en tout genre. Celles et ceux qui ont fait la rencontre de mites alimentaires savent.

Le choix des bocaux

Pour chaque aliment sur ma liste, j’ai attribué un bocal d’une contenance adaptée à l’utilisation. Ce n’est pas utile de prévoir un bocal d’un litre pour conserver des graines de chia par exemple. J’ai ainsi prévu :

  • quelques bocaux d’1,5 l (flocons d’avoine, farine d’épeautre, pâtes)
  • beaucoup de bocaux d’1 l (lentilles, riz, farines spéciales, amandes) et de 75 cl (oléagineux, légumineuses)
  • des bocaux de 50 cl (graines de courge, sucre) et de 25 cl (graines de chia, de lin, sel).

J’ai fait l’inventaire des bocaux que j’avais déjà à disposition et je me suis mise en quête d’autres bocaux pour compléter. Une partie a été récupérée de conserves achetées en bocaux de verre, une autre partie provient de ma famille et j’en ai acheté quelques-uns. Cela nécessite donc un peu d’investissement, mais on peut en trouver assez facilement en seconde main.

Organisation du placard à nourriture

J’ai une préférence pour les bocaux à conserve avec caoutchouc du type le Parfait parce qu’ils sont increvables. Dans le cas des bocaux à couvercle à visser, le couvercle a tendance à rouiller au bout d’un temps. De plus, ils sont de mon expérience moins hermétiques face aux parasites.

Les étiquettes

Enfin, j’ai pris la peine d’étiqueter chaque bocal. Ce n’est pas forcément indispensable si le contenu est aisément identifiable, mais ainsi le bocal reste attribué à la même fonction, même s’il est vide. D’ailleurs, les bocaux vides restent à leur place dans les placards pour qu’on puisse voir rapidement ce qu’il manque lorsqu’on doit faire des courses.

Etiquette des bocaux à nourriture

Pour l’étiquette, il y a plusieurs manières de procéder.

  • On colle sur le bocal des étiquettes sur lesquelles on inscrit le nom du contenu. Ce n’est pas très zéro déchet pour le coup, mais il y a fort à parier que vous avez des étiquettes qui traînent déjà dans un tiroir. Il y a plusieurs années, j’avais acheté une série de feuilles autocollantes de style ardoise, avec un feutre effaçable. Je pouvais ainsi laver l’étiquette à l’eau et réécrire lorsque je changeais le contenant.
  • On utilise une étiqueteuse pour un résultat bien net. Dans la mesure où je ne change plus le contenu de mes bocaux, j’ai opté pour cette option en empruntant une étiqueteuse.
  • Si on veut s’essayer à la calligraphie, on peut également écrire directement sur le bocal avec un feutre, comme ici. On peut aussi « cuire » les bocaux au four pour éviter que le marqueur ne s’efface à chaque lavage, comme ici. Je n’ai pas testé cette manière de faire.

3. Ranger les bocaux dans les armoires

Une fois les bocaux étiquetés, vous pouvez leur définir une place (et une seule) dans les armoires en les groupant selon une logique qui vous convient et qui dépendra surtout de la configuration de votre cuisine.

À titre indicatif, on a dans notre cuisine :

  • Un tiroir pour les céréales, légumineuses, oléagineux et graines.
  • Un tiroir pour les condiments : épices, purées d’oléagineux, huiles.
  • Une étagère pour la pâtisserie : farines, poudre d’amande, sucre, fécule de maïs, vanille, levure.
  • Une étagère pour les conserves et le stockage.
  • Une armoire pour les thés, tisanes et café.

Phase 3 : constitution d’un espace zéro déchet

La phase finale de la réorganisation de ma cuisine a consisté à mettre en place un espace où rassembler tous les accessoires qui nous servent pour les courses en mode zéro déchet : les sacs réutilisables, les sacs à vrac et autres contenants. Il est aussi utile à ce stade de faire le tri dans les sacs réutilisables qu’on a accumulés au cours des années. J’ai gardé uniquement le nécessaire et j’ai ramené les autres au magasin qui les recycle (en principe… on y croit).

J’ai en plus consacré un bout de placard aux bocaux de récupération. Ceux-ci me servent à stocker les restes au frigo (quand je manque de boîtes), à la congélation et à l’achat en vrac de certains aliments qu’on ne peut pas mettre dans un sac en tissu, comme les tomates séchées.

Au moment de partir pour les courses, je n’ai qu’à prendre le nécessaire dans mon « tiroir zéro déchet », l’un ou l’autre bocal de recup’ si nécessaire selon la liste, et il n’y a plus de prise de tête.

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Si vous avez lu cet article jusqu’au bout, bravo et merci ! J’espère qu’il vous a été utile. Si c’est le cas, n’hésitez pas à le partager et à laisser vos commentaires !

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