Organisation en cuisine

Le B.A.-BA du zéro déchet en cuisine

Dans un article précédent, j’ai fait part de ma réflexion actuelle sur le zéro déchet. J’y ai évoqué ses difficultés, ses limites et ses paradoxes, mais aussi les raisons qui me motivaient à continuer de limiter mes déchets, tout en ayant pleinement conscience qu’il ne s’agit qu’une infime partie visible de l’iceberg.

Lorsqu’on veut se lancer dans la démarche zéro déchet, la cuisine, à l’instar de la salle de bain, est un point stratégique. Quelques actions très simples permettent d’avoir un impact significatif sur le contenu de la poubelle. Je vous livre ici mon retour d’expérience de plusieurs années sur la pratique du zéro déchet en cuisine, sous la forme de trois principes de base.

Si vous pratiquez le zéro déchet depuis longtemps, je pense que cet article n’aura pas grand chose à vous apprendre. Mais si vous voulez vous lancer ou si vous cherchez à passer à l’étape ultérieure, il pourra peut-être vous donner quelques idées.

1. Réduire les emballages

Réduire les emballages signifie acheter un maximum de choses en vrac. Cela implique aussi de cuisiner davantage de produits bruts pour éviter les conserves et les plats préparés emballés.

Certaines grandes surfaces commencent à proposer un rayon de vrac. Toutefois le plus simple reste de se tourner vers les magasins bio ou les commerces de proximité. J’ai la chance d’avoir à quelques rues de la maison un magasin de la coopérative Les Petits Producteurs. En plus des fruits et légumes, j’y achète certains produits de base comme les pâtes, les lentilles ou la farine. Une à deux fois par mois, je fais un tour à L’Entre-pot, l’épicerie en vrac du centre ville. J’y remplis mon stock de produits plus spécifiques comme la poudre d’amande, le bouillon de légumes ou certains produits d’entretien.

Entre ces deux magasins, le choix est suffisamment large pour me permettre d’acheter la majorité de mon placard en vrac. Quand les planètes sont alignées, je pense en plus à prendre mon sac à pain pour passer à la boulangerie.

Le matériel de base

Pour acheter en vrac, il y a un petit matériel de base à prévoir pour faire ses courses. Cela implique un minimum d’organisation, ce qui rend l’improvisation un peu compliquée. Voilà encore une bonne raison de planifier ses repas à l’avance et d’établir une liste de courses. On pourra ainsi prévoir ce dont on aura besoin comme contenants.

Pour ma part, j’utilise :

  • Deux ou trois cabas ou sacs réutilisables de grande taille,
  • Des boîtes, bocaux ou bouteilles,
  • Des sacs à vrac en tissu.
Le zéro déchet : abstraction

Même avec un entraînement régulier au Crossfit, les bocaux en verre, ça devient vite lourd. Je privilégie donc les sacs à vrac pour les aliments secs. Je laisse les bocaux pour ce qui est plus compliqué à transporter dans un sac en tissu (tomates séchées, dattes, poudre d’amande ou farine). Quant aux fruits et légumes, je les mets directement dans mon cabas. Je réserve mes sacs pour ceux qui sont moins pratiques à peser, comme les champignons ou les épinards.

Du côté des sacs à vrac, j’ai investi dans deux sets de moyens et grands sacs en tissu fin. J’en ai fait coudre d’autres à partir de taies d’oreiller inutilisées, mais ceux-là sont un peu lourds. Je les réserve donc pour ce qui ne doit pas être pesé. J’ai également récupéré un sac en lin qui servait à emballer une nappe pour servir de sac à pain.

À vrai dire, je suis un peu partagée sur l’intérêt écologique d’utiliser des sacs en tissu par rapport aux sacs en papier, lorsqu’on sait le nombre de fois où les premiers doivent être réutilisés pour que leur impact soit amorti. Encore un beau paradoxe écologique (je vous avais bien dit que l’écologie, c’était déprimant). Cela incite tout de même à optimiser les contenants au maximum et à éviter de les multiplier sous prétexte que « c’est mignon, et puis c’est réutilisable ».

Où peut-on amener ses contenants ?

L’achat en vrac n’est pas obligatoirement limité aux magasins spécialisés dans le zéro déchet. De mon expérience, l’utilisation de contenants est maintenant suffisamment répandue dans les commerces de proximité pour ne pas qu’on vous regarde trop bizarrement. Par exemple, cela fait très longtemps que j’achète mon thé en vrac dans les magasins spécialisés en ramenant mes boîtes.

Généralement, je demande s’il est possible de me servir dans mes sacs/boîtes et je n’ai jamais eu de refus. Dans le pire des cas, on me posera des questions sur mes sacs en tissu avec une certaine curiosité. Par contre, il faut être prêt à (gentiment) insister un peu car les réflexes ont la vie dure et un moment de distraction est vite arrivé.

Alors quid des normes d’hygiène ? À titre d’information, l’AFSCA a issu un communiqué sur l’achat en vrac. Celui-ci stipule que l’utilisation de contenants est autorisée pourvu que ceux-ci soient propres et adaptés au contenu. Il est à noter que le consommateur accepte dès lors la responsabilité en termes d’hygiène. L’AFSCA précise également que les commerçants se réservent le droit de refuser les contenants. Toutefois, ils ne peuvent en aucun cas justifier ce refus en invoquant des directives de l’AFSCA. Dans certains endroits, il est possible qu’on refuse les contenants en verre de peur qu’ils se cassent en contaminant toute la marchandise, ce que je comprends aisément.

La tare

Pour les contenants un peu lourds, il faut veiller à ce que le magasin puisse faire la tare pour en déduire le poids. Généralement, les épiceries en vrac ont un système spécifique, comme l’impression d’une étiquette avec un code-barre. Dans mon épicerie de quartier, je pèse simplement mes bocaux avant de partir et j’y inscris le poids au marqueur. J’évite ainsi de perdre du temps à les faire peser à la caisse. Dans tous les cas, il vaut mieux se renseigner au préalable sur le fonctionnement du magasin.

2. Limiter le gaspillage alimentaire

L’intérêt de l’achat en vrac, c’est qu’il permet d’acheter uniquement la quantité dont on a besoin. Cela évite de se retrouver avec cinq courgettes à utiliser alors qu’on en avait besoin que deux pour sa recette. On part donc déjà d’un bon pied.

La solution la plus efficace pour limiter le gaspillage est à mon sens de planifier ses repas à l’avance. On évite ainsi d’acheter des légumes au hasard et puis de les laisser pourrir au fond du frigo parce qu’on n’a finalement pas d’inspiration pour les cuisiner cette semaine-là.

La planification des repas aide également à optimiser au maximum les ingrédients. On peut ainsi prévoir d’utiliser les fanes d’un légume pour faire du pesto, les épluchures pour du bouillon, ou encore profiter de la cuisson des légumineuses pour prévoir plusieurs recettes. On peut trouver beaucoup d’idées de recettes anti-gaspi comme ici.

Une autre astuce toute simple et très efficace pour nous, c’est de mettre les restes dans des contenants en verre. On peut ainsi en voir directement le contenu en ouvrant le frigo. On peut également dédier une étagère spécifiquement aux restes afin qu’ils soient bien mis en évidence. Ça évite de retrouver des RNI (restes non identifiés) tout au fond du frigo au bout de deux mois.

3. Le compostage

Enfin, le compostage permet de valoriser les déchets alimentaires qu’on n’a pas pu cuisiner. Il y a plusieurs solutions pour avoir un compost chez soi, en extérieur si on a un jardin ou via un lombricomposteur si on vit en appartement. Le service propreté de certaines villes organise également le ramassage de déchets organiques, en mettant à disposition un conteneur ou des sacs spécifiques. Les déchets sont alors recyclés par biométhanisation.

C’est cette dernière solution qu’on privilégie de notre côté depuis plusieurs années, car c’est la moins prise de tête. Ayant la phobie des vers de terre, il est totalement exclu d’avoir un lombricomposteur dans la maison. Et faire son propre compost demande de respecter certains principes, comme l’équilibre entre azote et carbone. Je suis totalement néophyte en la matière et je n’ai pas encore eu le courage de me lancer pour l’instant. Je sais toutefois que la ville de Liège organise des sessions gratuites d’initiation au compostage à domicile. N’hésitez pas à vous renseigner dans votre commune si vous voulez vous lancer.

Pour aller plus loin

Si les trois principes ci-dessus n’ont plus de secret pour vous, on peut poursuivre la démarche en s’attaquant au ménage, au matériel de cuisine et à la conservation.

Les produits d’entretien

La question des produits d’entretien dépasse le cadre de la cuisine, mais ils peuvent tout de même contribuer à y réduire ses déchets. Premièrement, on peut déjà faire un tri et évaluer les produits dont on a réellement besoin. On peut également privilégier au maximum les produits polyvalents. En plus, ça allégera vos placards.

Pour réduire les emballages, il y a deux solutions. On peut faire soi-même ses propres mélanges sur base de quelques ingrédients achetés en vrac. Ceux-ci sont généralement le vinaigre, le savon noir, le savon de Marseille, le bicarbonate de soude, les cristaux de soude. Le livret de Raffa est une véritable bible en la matière.

Une autre option, qui devient de plus en plus accessible, est d’acheter ses produits d’entretien directement en vrac. Pour ma part je fais les deux.

Oui, je mets toujours mes torchons dans un panier, pourquoi ?

Je réalise un spray multi-usage sur base de la recette du blog Banana Pancake. J’évite désormais d’y ajouter des huiles essentielles, en raison de l’impact écologique de leur production. À la place, je fais macérer du vinaigre dans des écorces d’agrumes pour le parfumer. Je l’utilise pour l’entretien quotidien du plan de travail.

J’utilise en plus :

  • de la crème d’argile pour récurer l’évier, la taque de cuisson et le four ;
  • du vinaigre pour détartrer ;
  • un mélange de bicarbonate, sel et vinaigre pour l’entretien des canalisations.

And that’s it.

Pour la vaisselle, j’ai été jusqu’ici peu convaincue par mes essais de produits faits maison. J’achète donc en vrac mon liquide vaisselle, ainsi que le sel et le liquide de rinçage pour le lave-vaisselle. Là encore, je n’ai pas trouvé de remplacement efficace aux tablettes de lave-vaisselle, la bête étant un peu capricieuse. Et soyons honnête, devoir relaver à la main toute sa vaisselle une fois sur deux, c’est très moyen. J’achète donc des tablettes écologiques (qui ne sont pas toujours la panacée non plus), en attendant de pouvoir trouver une solution à la fois pratique et efficace.

Pour éviter le papier essuie-tout et les éponges jetables, j’ai des brosses en bois, des éponges lavables, ainsi qu’une réserve de chiffons en microfibre. Pour être honnête, je suis un peu perplexe sur le caractère écologique de ces derniers, qui rejettent sans doute des tonnes de particules à chaque lavage, mais je n’ai vraiment pas d’alternative.

Les ustensiles de cuisine

En ce qui concerne les ustensiles de cuisine, on pourra privilégier au maximum les matériaux les plus durables et les moins toxiques. Clea avait rédigé en 2011 un article très complet sur le sujet. On pourra donc préférer le verre, l’inox ou la fonte au plastique ou au téflon. Pour les spatules et autres petits ustensiles, le bois et l’inox sont les plus durables.

Nous avons investi dans des poêles en fer et en fonte, des casseroles et une cocotte-minute en inox et une cocotte en fonte de très bonne qualité. Ils ne risquent pas de terminer à la poubelle dans quelques années. Pour la cuisson au four, j’utilise une feuille de cuisson en silicone de très bonne qualité. À défaut, je garde un rouleau de papier cuisson compostable.

La conservation des aliments

Il en est de même au niveau de la conservation. Ma chienne a eu l’obligeance, dans ses premières années, de rendre la quasi-totalité de mes contenants en plastique inutilisables. Pas très zéro déchet tout ça… Heureusement elle s’est assagie depuis (et elle nous a éduqué à bien ranger la cuisine). Mais j’en ai profité pour les remplacer progressivement par des boîtes en verre. Elles sont polyvalentes puisqu’elles servent aussi bien pour la conservation au frigo, la congélation ou la cuisson au four. Et comme je l’ai dit plus haut, elles ont également l’avantage d’offrir une visibilité sur leur contenu.

Les beewraps, ces feuilles de tissu enduites de cire, sont très populaires pour remplacer le cellophane et l’aluminium dans la conservation des aliments. À l’instar des couverts en bambou, c’est typiquement l’objet zéro déchet dont je ne vois vraiment pas l’utilité. D’une part ça coûte cher, même si on peut les faire soi-même (je n’ai pas cette patience). D’autre part, c’est une utilisation de la cire d’abeille qui ne me paraît pas vraiment indispensable, même si on en trouve en cire végétale. Une boîte avec couvercle, un bocal de récup ou encore une bonne vieille assiette sur le saladier font tout aussi bien l’affaire.

Enfin, pour éviter les sacs plastiques de congélation, on peut utiliser des sacs réutilisables spécifiques. Ceux-ci peuvent également servir de sac à vrac (polyvalence, encore et toujours). Mais je me sers de plus en plus de simples bocaux de récupération. Je veille à ne pas les remplir complètement et à les décongeler en douceur pour éviter qu’ils se cassent sous l’effet du froid, et je n’ai jamais eu de problème. Pour les plus maniaques de la conservation, on peut y écrire la date ou le contenu très facilement au marqueur effaçable.

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J’espère que cet article vous aura été utile dans votre démarche zéro déchet. Si c’est le cas, partagez-le sur vos réseaux ou épinglez-le sur Pinterest !

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